Sidération

Y a quelques mois quand le concert des EODM a été annoncé, j'ai fortement râlé car j'étais pas à côté. L'ami qui avait posté la photo de ses tickets fraichement achetés m'avait alors proposé son canapé si d'aventure j'avais envie de faire une escapade parisienne pour l'occasion. C'était pas gagné étant donné que je bosse le samedi matin, mais ça m'avait néanmoins occupé l'esprit durant toute la journée suivante pour finalement faire un choix raisonnable, à contre coeur: celui de bosser. J'ai donc décliné l'invitation et ça m'a lourdement faite chier car j'adore ce groupe. En bonne névrosée qui se respecte, j'ai refoulé très loin tout ça, oubliant le concert tout comme la date.
Même si globalement je peux être très poissarde et si pas mal de monde se lève d'un mauvais pied le matin de ce jour maudit, je sais qu'un vendredi 13 sera de mon côté soit une journée normale soit une journée excellente où en plus, je gagne toujours au Morpion.
Celui ci fut impeccable, après un réveil difficile, j'ai consulté et je n'ai fait que des trucs cools par la suite. J'ai terminé tôt, et le soir, j'ai regardé les épisodes des séries que je n'ai pas le temps de regarder les autres jours. Pour continuer dans la lancée de la bonne journée, j'ai pris un Lyzanxia pour passer une bonne grosse nuit puisque exceptionnellement je ne travaillais pas samedi. A la fin des trois épisodes, toute flottante, j'ai ouvert Twitter, j'ai commencé à me demander si j'étais pas un peu en train de faire un bad et, j'ai vraiment regretté de ne pas avoir avalé un comprimé de plus qui m'aurait certainement jeté dans mon lit sans avoir le temps d'ouvrir la moindre appli.
Au départ on ne parle que d'explosions au stade de France, sauf que les footeux ne sachant pas se tenir, ça ne m'a pas semblé si terrible, mais très vite, il y a aussi une fusillade. J'ai envoyé des SMS/PM aux gens que je connaissais pour avoir des nouvelles. J'ai lu des dizaines de fois "Bataclan" dans les médias, j'ai pas tilté, pourtant à ce moment là, j'étais déjà quelques nuages plus bas. Je reçois des SMS "c'est la guerre ici", j'entends qu'on parle d'un "concert de rock californien", "Bataclan", je fais le lien avec EODM, je me souviens de la photo du ticket, de la date: grosse descente.
Les minutes et les heures ont été longues avant d'avoir des nouvelles des personnes que je connaissais et qui étaient dans la salle et je me suis tellement sentie comme une merde... Totalement impuissante, en colère, inutile, dans l'attente de peut-être rien, et cet état est finalement si complexe, que même des heures plus tard, je n'arrive toujours pas à l'expliquer clairement. J'ai réussi à avoir des nouvelles de BFF par un tiers une heure après mon message, BFF qui finalement n'était pas allé au concert puisqu'il a du aller bosser, et qui du coup, n'est pas sorti du taf il y a très longtemps. Cette heure d'attente fut la pire de ma vie, simplement. A côté de ça, plus de 10h pour avoir un signe de l'autre personne, et autant te dire que j'ai ni passé une bonne nuit, ni une bonne matinée.
Hier matin la Reine mère qui déboule dans un état ambivalent de circonstances, mi-soulagée mi-paniquée pour me rappeler ce c'est le concert où tu devais aller chose qui m'a pas franchement parlé jusqu'à ce que je regarde la vidéo des gens qui sortent en catastrophe du Bata dans un carnage de cadavres, ce qui aurait pu être la meilleure des choses qui me serait arrivée si j'y avais été. Ce que je viens de dire est aussi affreux que tout ça, c'est inadmissible que des événements de cette nature arrive ENCORE.
Je serais tentée de dire qu'on a tous eu de la chance. Les gens que je connais qui n'y étaient pas, ceux qui sont passés à un poil de cul d'une autre fusillade, moi qui ne suis pas allée au concert, celui qui en est sorti vivant mais blessé et vivement traumatisé, mais j'ai beau vraiment me forcer, non, même si ça aurait pu être pire, personne n'a eu de chance pour autant.
Je ne suis [toujours] pas "en deuil", je n'allumerai aucune bougie, je ne me recueillerai pas, je ne plaindrai aucune "victime" de soit-disant amalgames, je ne serai pas tolérante, je ne ferai aucune prière pour qui ce que soit pas même pour Paris, je crois qu'on a eu notre dose de religion. Après tout ce qui s'est passé depuis le début de l'année et quand je vois avec quelle facilité ces crimes ont été commis, les discours prônant l'indulgence, le respect et l'amour me donnent juste envie de gerber. Je me donne donc le droit d'être en colère et de mépriser ceux qui foutent la merde, qui tuent et ceux dont le laxisme a donné indirectement a ces timbrés le droit de tuer au nom d'une idéologie sans autre fondement que leur connerie crasse, dans mon pays.

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