Ô désespoir désespérant

C'est les vacances scolaires et qui dit vacances scolaires sous-entend qu'une forme de délinquance ne dépassant pas 1m40 a investi mon impasse, comme toujours.
Vu le bordel qu'ils font avec leur trottinette et leur impressionnant brame, effectivement, à première vue cela peut sembler agaçant (mais pas plus que quand ils se jettent dans ma porte, toujours avec la trottinette) (la trottinette cet engin dangereux) (surtout pour les portes) or, vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis contente pour eux de les voir jouer dehors, dans la rue et surtout: seuls, j'entends par là, sans la présence physique des parents.
Jouer dehors avec les copains est un privilège que pratiquement tous ceux en âge de lire ce post ont eu et quand je dis privilège, je pèse mon mot. Et je suis complètement catastrophée de voir ou savoir que certains enfants restent à la maison principalement "par mesure de sécurité" ou comment inculquer indirectement la crainte du monde à des personnes qui devront pourtant bien faire avec toute leur vie car il y a peu de chances qu'elles puissent arriver à quelque chose cloitrées chez elles. Toujours est-il que, cette mesure de confinement ne date pas d'hier si je considère les pré-ados et les ados qui en montrent déjà les stigmates dans mon entourage.
Les ados aujourd'hui, on les prend par la main pour les emmener au collège, parfois aussi au lycée, on les surprotège mais heureusement comme tous bons ados qui se respectent ils te font des phrases et savent tout sur tout et mieux que tout le monde malgré une expérience de la vie proche du néant absolu (déjà que nous c'était pas top, alors là...). Le week-end il n'y a pas de mieux, ils remettent ça en se faisant trimbaler par maman ou papa vers le cinoche, chez les potes ou le centre commercial. Quand j'étais ado, ma mère avait la formelle interdiction de m'emmener ou de m'accompagner où que ce soit (sauf obligation bancaire), et c'était une règle globalement suivie au pied de la lettre par tous les parents de mes amis de l'époque. A part pour la rentrée où il y avait la dérogation de la foule (= tellement de monde que ça pouvait passer inaperçu) il n'était pas question de se faire accompagner au bahut sous peine de se payer l'affiche pendant minimum un trimestre et vous savez quoi? Personne n'est mort d'avoir laissé les parents à la maison et je dirais même que ça nous a finalement bien rendu service.

Si toi tu prenais le 66 et le métro pour aller trainer en ville le samedi après midi avec les copines, saches qu'en 2015, il n'est pas rare qu'un plumeau de 15 printemps n'ait jamais pris le bus tout seul (ou avec des potes), même pas sûre d'ailleurs qu'il ait déjà pris le bus tout court en fait. Si tu parachutes ce même petiot dans le trou du cul de Larra qui est déjà le trou du cul de nulle part, je reste très dubitative sur le fait qu'il réussisse à regagner le nid un jour. Ouais.. Ca à l'air un peu gros, mais même si je trouve ça vraiment dramatique, je ne suis pas sûre d'être si éloignée que ça de la réalité.
Ceci explique la couche d'adolescents qui ne gèrent absolument pas le passage à l'age adulte et le peu de responsabilités qui va avec dont ils se font d'ailleurs des montagnes. Car oui ils ont raison quand ils disent qu'on attend trop d'eux. Comment voulez vous qu'ils réussissent à se lancer, à trouver un semblant de voie pour eux alors que la dernière étape marquante de leur apprentissage de l'autonomie fut de passer du pot aux vrais chiottes?
A côté de ça ou je dirais plutôt par dessus, tu as ceux qui sont tout simplement handicapés de l'Être. Trop entourés, ils n'ont jamais eu l'occasion de s'emmerder, et un enfant qui ne s'ennuie pas, est un enfant qui sera aussi créatif qu'une pendule. Pas qu'on lui en voudrait de ne pas devenir le prochain Picasso, mais c'est surtout que la création est vaste et que concrètement, non seulement il n'écrira pas plus de menuet qu'il ne saura dessiner une bite mais il sera surtout tout à fait incapable de trouver de quoi s'occuper seul, engendrant une dépendance aux autres, une trop grosse réceptivité au jugement donc un vrai mal-être puisque comme tout le monde, il se retrouvera forcément seul tôt ou tard et jugé pour milles choses de toutes façons.
Et puis pour terminer, visible chez les plus jeunes: l'enfant-mousse.
Il ne sort jamais pour sa sécurité donc pour la tranquillité de sa mère, de toutes façons il n'en a pas envie parce qu'il n'a aucune envie propre. Lui non plus n'est pas inventif pour un sous, il déteste qu'on lui lise des histoires et préfère un bon Dora l'exploratrice: le bébé élevé à la télé, d'où son surnom enfant-mousse, car le malheureux à son cerveau qui a stoppé son développement de manière prématurée quand il s'est épris de la boite à conneries.
Alors si c'est pas gagné pour les ado névrosés qui angoissent à l'idée de faire quelque chose de concret à l'extérieur, si ceux qui constituaient le nombril familiale auront besoin d'une bonne thérapie pour réussir à s'auto-supporter et apprendre à se connaitre (ne riez pas c'est un vrai problème), le bébé-télé est encore en phase d'étude et j'attends de savoir quelle forme il adoptera.

Tomate carotte ou brocoli, le mystère reste entier.

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