Moi et mon stress post traumatique, on vous emmerde

Depuis que j'ai dit que cette joyeuseté m'était tombée sur la gueule par une nuit chaude de juillet, j'ai reçu beaucoup de messages de soutien et je profite d'ailleurs de l'occasion pour vous remercier. Ma motivation d'écrire ici n'a pas changé depuis toutes ces années, à savoir que je le fais dans le simple but de m'exprimer, et pas dans le but qu'on me lise même si c'est le cas dans la finalité. Du coup vos réactions m'ont agréablement surprise et ça me touche beaucoup <3. C'est aussi triste à dire que ça ne l'est pas du tout, mais y a des personnes ici qui ont bien mieux pigé ce qui m'est arrivé et qui m'arrive encore, que d'autres qui me côtoient régulièrement. Dans une réalité où je passe pour une dingue ou pour une manipulatrice les jours de grand vent, et ou finalement je me sens très seule, vous n'imaginez pas à quel point vous me faites du bien! Quoiqu'il en soit, aujourd'hui j'ai décidé de mettre les pieds dans le plat et d'expliquer ce qu'est un stress post traumatique. À noter que je n'ai pas sorti le DSM mais qu'il s'agit de mon SPT à moi, ce qui sous-entend que comme la symptomatique varie d'un individu à l'autre, c'est probablement pas celui de tout le monde. Pour commencer on attrape pas un SPT, c'est le SPT qui t'attrape un jour où tu ne t'y attends absolument pas. Que dis-je... Où tu es à des années lumière de t'y attendre.
À la base c'est donc un peu comme un traumatisme lambda sauf que celui là est tellement violemment que tu n'arrives pas à le gérer. Personnellement, j'ai explosé, et implosé et puis j'ai du me désintégrer aussi et depuis c'est l'enfer au quotidien parce que pour une fois, je ne vais pas mâcher mes mots, je l'ai bien trop fait jusqu'ici pour préserver tout le monde.
Tu ne dors plus parce que ton cerveau fonctionne de travers et si tu as l'outrecuidance de t'endormir t'es assurée de faire des cauchemars. Et pas n'importe quels types de cauchemars: tu vas revivre le traumatisme avec option réveil en transe et c'est tellement violent que tu le revis avec la même intensité que le traumatisme initial. Donc quand tu es l'heureuse hôte du parasite SPT tu passes de très mauvaises nuits ce qui n'est pas super engageant pour la suite.
La suite c'est la journée, journée que tu passes dans l'angoisse d'une catastrophe imminente. Me demandez pas laquelle, quand ça fait 100 fois que tu vis quelque chose qui te détruit chaque fois un peu plus, tu n'as qu'une trouille c'est que ça se reproduise, et ça se reproduit, puisque toutes les occasions sont bonnes pour revivre le moment délicieux de ta destruction. Un mot, une expression, une photo, un endroit, une odeur, un détail qui peut sembler parfaitement anodin, n'importe quoi venant de n'importe qui, provoque un flashback et te remets dans un état merdique. Je sépare volontiers l'état d'hyper-vigilance qui crée l'ambiance puisque tu deviens un vrai radar à tout. Le moindre signe, geste, mot est l'occasion aussi d'avoir ta petite piqure de rappelle.
Entre les mauvaises nuits où tu ne dors presque pas, voire pas du tout car tu finis par ne plus avoir envie d'affronter le trauma, et les journées qui peuvent partir en couille en une fraction de seconde, toi, tu es juste épuisée, ce qui consolide le cercle vicieux puisque comme chacun sait la fatigue amplifie la symptomatique.
J'ai eu des crises de rage monstrueuses. C'est au delà de la colère et ça dépasse la haine, c'est totalement reptilien, voilà pourquoi aujourd'hui il ne faut absolument pas que je croise certaines personnes car je crois que je pourrai perdre le contrôle et être vraiment violente. J'ai jamais été quelqu'un qui pardonnait, pas pour faire genre c'est juste que je suis pas copine avec la bible, je n'oublie pas non, du coup si à la base j'ai un dossier avec quelqu'un c'est déjà mal barré, là ce serait homicidant. Ces accès de rage sont hyper douloureux physiquement et psychiquement, et ça termine toujours par une migraine d'une violence équivalente.
Ton humeur fluctue, toujours, que ce soit sur une longue ou très courte période, et tu peux passer d'un extrême à l'autre en un battement de cil. Tu te retrouves aussi dans l'incapacité de ressentir les émotions, et ça j'avoue que c'est relativement particulier, maintenant ça va un peu mieux mais j'ai un peu eu l'impression d'être morte dedans. Tu n'éprouves rien, mais tu sais que tu éprouves quelques bricoles dans certains cas seulement. Bien sûr, c'est pas valable pour les émotions liées au traumatisme en question et autant te dire que cette condamnation est difficilement vivable pour finir par devenir insupportable.
À part quand les émotions liées au trauma devenaient ingérables (et c'est souvent ce qui arrivait et arrive parfois encore), j'ai gardé la face, je suis restée debout et presque toujours digne. Oui, plein de gens savaient que ça n'allait pas, mais la combine imparable quand t'as pas envie de rentrer dans les détails c'est de dire que tout va bien, comme ça personne ne vient te faire chier. Je ne me suis d'ailleurs même pas arrêtée de bosser pour aller sucer du lexo pour dépression (lolilol) comme une petite merde. Au contraire, faute de pouvoir résoudre mes propres problèmes, je pouvais aider les autres dans les leurs et ça me faisait beaucoup de bien, même si j'avais quelques blancs et que je ne me souviens pas de tout... Je sais toujours pas comment j'ai fait ni même où j'ai trouvé l'énergie pour le faire, mais ça m'a aidé à garder le cap (sur nulle part, mais le cap quand-même) et ça me faisait sortir la tête hors de l'eau le temps que j'y étais.
Le diagnostique du SPT s'est posé quand toute la symptomatique que je viens de citée, dont je passe certains détails annexes, s'est étalée au delà d'un mois. Ce que je voulais éviter par dessus tout, c'était qu'il dépasse la fameuse deadline des trois mois, puisqu'ensuite ce n'est plus un SPT mais un SPTC, chronique. En quelque sorte, ça a foiré. J'ai pas assez expié pour quelque chose que j'ai pas mérité là ? À priori pas encore.

Aujourd'hui, j'ai sporadiquement des cauchemars dont le contenu m'est inconnu mais qui me réveille toujours dans cet état de destruction. Avec moins d'écho, mais ce n'est toujours pas agréable. Le traumatisme est en parti dilué, certains jours ça va, d'autres pas du tout, le problème étant que les jours sans deviennent de plus en plus sombres, car je suis lasse et lassée.
Il y a clairement un avant et un après, ce que j'étais avant et ce que je suis aujourd'hui. L'épuration du trauma est une chose, la reconstruction une autre, autrement plus difficile. Je suis terriblement triste de me dire que "c'était avant, quand tout allait bien et que j'allais bien, que j'étais qui j'étais et que j'étais bien comme ça" tout en sachant pertinemment que ce ne sera plus jamais comme ça car ce n'est plus possible, de plus, je ne sais pas dans quel état je serai sortie de là. S'en suit un sentiment d'injustice terrible car clairement, je n'ai pas mérité ça. De souffrir aussi fort, de devoir me battre tous les jours contre moi-même pour aller mieux alors que j'ai déjà passé des années à me battre tout court, que j'étais déjà à la corde et que c'est aussi pour ça que ce traumatisme a été à ce point destructeur.
Peut-être que ça a été tellement fort que c'est juste pour ça que ça n'a pas disparu, mais peut-être aussi qu'on ne m'a pas aidé sur certains points.

Pour le SPT comme pour des autres troubles psychiques c'est invisible, tu es donc affreusement seule et tu te laisses dire des trucs monstrueusement cons qui, à couvert d'une bonne pensée (mais pas tout le temps) sont en fait aussi destructeurs que le reste.

Oh, mais faut que tu passes à autre chose, c'est fini maintenant!

Oh merde alors! Moi qui pensait que le prendre un tir de char d'assaut en pleine gueule c'était ma nouvelle passion j'suis super déçue.

Aller, faut aller de l'avant!

Si tu penses que de subir tout ça c'est le grand kiff, prend ma place et démerde toi, on aura même pas besoin d'en reparler dans une semaine, 24h dans cet état ça va te calmer direct.

C'est fini, il faut oublier!

Mon problème c'est pas l'oubli, j'en ai déjà oublié plein des choses, c'est juste que le passé qui revient m'emmerder et que je peux pas maitriser ce fait.

Elle fait toute une histoire pour pas grand chose, ça arrive à tout le monde et c'est pas un drame pour autant!

Personne n'est tout le monde et la complaisance me file la gerbe. Tout le monde s'est déjà coupé, tout le monde à saigné, moi j'ai pris un coup de tronçonneuse, pas de couteau de cuisine en coupant des carottes.

Kelly, elle trouve tous les prétextes pour gagner du temps

Ah oui Kelly est une manipulatrice.

J'en passe mais j'en ai entendu des fa-bu-leuses.

De base, je sais que c'est compliqué d'expliquer ce qui m'arrive et qu'environ personne ne comprend ou très peu.
Aujourd'hui les personnes avec qui je me sens le mieux sont celles qui ne sont pas au courant, celles qui évitent le sujet et ses annexes, celles qui n'attendent rien de moi et surtout pas que j'aille mieux. Le pire du pire, au delà de revivre le trauma tous les jours, c'est de se penser comprise par les personnes clefs de ta vie alors qu'en fait pas du tout ou pas tout à fait. Il a parfois fallu qu'une tierce personne explique à une autre ce que j'ai pour qu'elle daigne enfin me croire (...), mais... Si ça peut lui faire éviter de me jeter au travers de la gueule mon "anormalité" au travers des propos tenus par des tiers ne me connaissant pas, je valide.
Au moins on est d'accord car j'ai du mal à comprendre moi aussi ce qui m'arrive sur certains points.
N'étant pas née de la dernière pluie, j'ai connu des déceptions, des deuils, des coups durs, des trucs vraiment pourris, et je me suis toujours relevée, comme tout le monde. Je ne suis pas du genre à me laisser abattre, n'importe qui me connaissant pourra en attester. Oui comme tout à chacun je suis capable de tomber, ce qui n'est pas grave en soi, mais encore une fois, j'ia pour habitude de me relever. Si j'avais la possibilité de tout effacer de ma mémoire, j'effacerais tout, sans faire de détail, absolument TOUT, le problème c'est pas moi qui ne veut pas oublier puisque j'ai oublié, le problème c'est le passé qui revient m'emmerder.
J'en suis au stade de ma thérapie où comme je le disais y a quelques temps, ça a bien avancé. Pas aussi bien que j'avais espéré sur le trauma mais beaucoup sur moi-même car c'est avant tout un travail de reconstruction.
Je ne veux pas passer ma vie prisonnière de moi-même, j'ai déjà trop chargé. J'ai couru comme une acharnée à m'en foutre la santé en l'air pour me faire exploser la gueule. C'était LE projet de ma vie, pas n'importe lequel, et personne n'en à rien eu à branler car tout le monde à pensé à sa gueule, ce qui n'est pas un reproche, mais un fait avéré. On a éhontément fait voler en éclat tous les bénéfices de mon travail, bénéfices que je n'arrive toujours pas à considérer car ils sont toujours assimilés au trauma au point que je m'en veux d'avoir atteint mon but si je considère comment ça s'est terminé.
Aujourd'hui je ne m'écroule plus pour chialer (ou presque), aujourd'hui par contre je suis en mesure de me tenir bien droite et d'envoyer chier qui m'empêchera d'aller mieux, car m'est d'avis que si j'en suis encore là aujourd'hui, c'est en partie parce qu'il y a des choses que je n'aurais pas du prendre sur moi, ni entendre.
Alors je ne demande plus à quiconque de comprendre, les choses sont ce qu'elles sont, vous n'êtes pas concerné(e)s, j'espère que ça ne vous arrivera jamais, mais je prends le parti de me débrouiller seule avec mon parasite plutôt que d'entendre de la merde, et la prochaine que j'entendrai sera la dernière.

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