La pauvre immédiateté

Depuis décembre, la nouvelle mode chez les patients c'est de faire des interdits bancaires, ce qui disons le franchement, ne m'arrange pas plus qu'eux.
D'un coté, on trouve ceux qui se retrouvent vraiment dans la merde à cause d'un imprévu bien pourri, et qui se débrouillent malgré tout pour revenir même s'ils ont laissé filer 15 jours ou un mois depuis leur dernière séance. De l'autre, il y a les gratteurs.
Très souvent j'en ai qui chouinent parce qu'ils n'ont pas d'argent avec toujours le même refrain: comme des gosses qui appelleraient leur mère pour leur avouer qu'ils ont pété un carreau, ils m'appellent pour me dire qu'ils sont dans la merde, qu'ils pourront pas venir la prochaine fois mais ils me tiennent la jambe pour qu'on parle parce qu'ils sont quand-même vraiment pas bien.

On se faisait la réflexion avec P., quand tu creuses un peu, tu t'aperçois qu'en fait, cette catégorie annule et gratte toujours pour les mêmes raisons. Il vont faire du shopping au moindre petit coup de mou (et ça arrive très souvent), de même que tous les week-ends ils boivent comme des trous "pour se vider la tête" (et à les entendre ça fait partie de leur travail pour aller mieux = ça te concerne un peu = c'est donc un peu de ta faute en capilotractant un poil). Forcément entre ça et le reste, quand tu gagnes pas très bien ta vie, ce qui est malheureusement le cas de trop de personnes aujourd'hui, si tu ne segmentes pas ton budget tu te retrouves assez vite dans le rouge. Toujours est il que shoppings et autres ne les aident pas tant que ça vu que ça va pas et qu'ils insistent pour me parler.
Que ce soit clair, les gens font ce qu'ils veulent de leur argent, s'ils estiment qu'il leur est plus bénéfique de s'acheter des godasses et de prendre une cuite que de consulter je n'y vois aucun inconvénient, mais s'ils veulent quand-même que je les écoute après qu'ils se soient mis dans la merde tout en n'ayant pas les moyens de me payer, c'est pas possible.
Ca peut sembler vache ou vénal, mais nous sommes tous capables de jauger nos priorités et vraisemblablement, un travail thérapeutique ne semble pas s'inscrire à sa juste valeur chez eux. Ensuite, ayant un rôle de point de liaison entre l'individu et la réalité, il m'arrive souvent de rappeler ou d'apprendre à mes patients que les actes ont des conséquences, partant de là, ce serait vraiment contre-productif de leur offrir une oreille dans ce cas de figure.
Depuis que j'ai mis le doigt là dessus et que je ne fais plus de séances grattées, je ne gagne pas mieux ma vie mais je perds moins de temps.

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