La flemme d’Être

Les gens qui me suivent sur les RS savent que j'ai tendance à devenir piquante quand je vois passer ce genre de trucs (c'est le dernier en date, c'est la seule raison de sa présence ici)

En général je déboule comme un cheveu sur la soupe en mettant le doigt sur la fausse note, et ça ne loupe pas, dès qu'il y en a un qui passe, si j'ai du temps je vais me sentir obligée d'aller couper le truc en dix, c'est ma petite mission divine personnelle. Jusqu'au moment où j'ai fini par me demander pourquoi j'avais ce besoin pressant, parce que, si dans une époque lointaine je me foutais éperdument de froisser Pierre, Paul et Jacques (et si c'était en même temps c'était encore mieux), depuis je m'en fous toujours autant, mais j'ai quand-même mis un peu d'eau dans le vin que je ne bois toujours pas.
Je comprends qu'on partage ces missives clivantes, certainement que je l'ai eu fait aussi, mais elles sont maladroites et inutiles.
Ces messages sont partagés en masse parce qu'ils touchent l'affect d'une catégorie de personnes, qui vont partager à leur tour en pensant faire une bonne action et toucher l'affect d'autres et ainsi de suite. Parce que considérer 50 nuances de quelque chose n'intéresse la masse que quand il s'agit de lire trois pavés de merde, mais que sorti de là, la simplicité toute infantile des méchants et des gentils, du noir et du blanc, est définitivement plus alléchante que le fait de considérer les Êtres dans leur globalité soit, avec quelques, voire beaucoup, de variations.
Or, tu te retrouves soit dans un camp, soit dans l'autre, victime ou connard, motard ou automobiliste, et je pourrais même étendre le truc à femme ou homme quand il s'agit de propagandes dites "féministes", mais je n'irai volontairement pas plus loin à ce sujet car ça me donne juste envie de donner des gifles à ces pouffiasses qui essayent de faire croire qu'avoir un vagin c'est être une victime naturelle, pierre angulaire et point Lolwin du "féminisme" de caniveau.

Bref, reprenons.
Il faut considérer le dit message en deux temps. Au delà de l'affect, pour peu qu'on soit une personne qui soit capable de réfléchir a minima (et ça devient rare), on va capter sans trop de mal les nuances qui sont volontairement effacées. Mais l'inconscient ne percute pas les choses de la même manière et ce qu'il perçoit lui, c'est que soit il est responsable, soit il n'est responsable de rien, ce qui est hautement représentatif des comportements actuels où l'on distingue des gens qui culpabilisent inconsciemment pour n'importe quoi et ceux qui font tout ce qu'ils veulent en toute impunité, parce que ça fait très longtemps qu'on nous bombarde avec ce genre de discours grossièrement machouillés et dangereusement binaires, parfois poussés au paroxysme de la stupidité. A ce niveau les politiciens sont très forts par exemple (surtout sur le long terme et dans un très haut niveau de perversité), et si beaucoup de gens s'étonnent encore du fait que tout le monde râle mais que personne ne fait rien, vous avez ici une ébauche de réponse quant à la raison principale de la non-action populaire.

Les manipulateurs et autres procédés manipulatoires s'adressent toujours à l'affect, l'affect étant majoritairement instinctif, il prend toujours le pas sur la réflexion. Il reste néanmoins aussi très temporaire par conséquent, aucun changement de comportement durable ne pourra en découler, et si l'affect sollicité est maintenu, alors il débouchera sur une souffrance psychique, un comportement mal branlé en adéquation, et un ramollissement de certaines fonctions conscientes. Un individu prisonnier de l'affect depuis une longue période, perd ses capacités naturelles de réflexion.
Et c'est pour tout ça que ça m'agace et que je ne peux pas m'empêcher de réagir finalement, parce que vu mon taf forcément je capte très bien les messages inconscients, que je peux vous assurer qu'il y en a partout et que c'est fatigant quand on n'a pas envie de se laisser happer dans la spirale. Voilà pourquoi par exemple, je choisis méticuleusement les médias que je consulte et que je porte volontairement des œillères dans certaines circonstances. Loin de moi l'idée de me faire mousser en disant cela, je privilégie la réflexion et vu le travail que ça engendre à notre époque, c'est une contrainte colossale et un défi dont je me passerais bien. Quoiqu'il en soit, mon inconscient m'appartient, je n'ai pas besoin que des éléments extérieurs non-sollicités soient infiltrés en son sein, il est déjà assez pénible tout seul parfois franchement il n'a pas besoin d'aide.
Pour terminer, j'aimerais ajouter que si vous voulez que quelque chose change, n'importe quoi, de la chose la plus petite à la plus grande, il va falloir rebrancher les cerveaux. Je sais, c'est pénible, c'est moins confortable que de vous torcher le cul devant Koh Lanta et assimilés. Ce sera même largement plus désagréable que de gober des idées qui ne sont même pas les vôtres et pour lesquelles vous vous battez mal, mais sans ça, personne n'ira où il veut aller, juste là où d'autres veulent qu'on aille.

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