Juste avant le prochain IRM

L'expérience est une belle chose, mais juste en partie, et ça c'est ce que j'ai pigé un matin en me levant.
Combien de fois, en se référant à notre expérience, on se dit que telle ou telle chose est impossible, voir difficilement réalisable, ou bien encore faisable mais relativement compliquée, pour des raisons certes recevables mais pas forcément nécessaires à prendre en compte?
L'expérience m'a beaucoup aidé, elle a aussi tué mes rêves un par un, les remplaçant par quelques aspirations en guise de compromis me convenant à moitié. En y regardant de plus près, j'ai trouvé ça tellement moche que ça m'a fait l'effet d'une douche froide. C'est là que j'ai pigé que non, ça ne peut pas se passer comme ça.
Je fais partie de ces gens qui à un moment, doivent toucher le fond pour avoir une bonne raison de remonter. Ou pour ne plus avoir le choix que de remonter. Là, je crois que j'y suis, depuis trop longtemps, et je crois qu'il faut faire quelque chose.
Bon.
Si on fait le bilan, ou soit un constat lointain d'une grande froideur.
Depuis 2012 je me bats et je me suis battue très fort. Je me suis battue pour réussir, mais la réussite n'est rien si tu n'en tires aucune satisfaction. Sur la ligne d'arrivée, au lieu de me poudrer le nez et de boire comme un trou pendant un mois pour fêter ça, j'ai glissé sur un imprévu et je me suis retrouvée le cul dans la merde. C'est exceptionnellement ridicule, d'autant plus que j'ai passé les mois qui ont suivi à gérer les dégâts d'un SPT super sympa qui m'a bien pourri la vie, dont je n'ai plus de nouvelles depuis fin février. Pas plus que je n'en ai de la satisfaction relative aux fruits de mon dur labeur à ce jour d'ailleurs. J'ai pris la décision d'en faire mon deuil, après tout, peut être que cette victoire ne devait pas se savourer en 31 soirées de débauche. Certain(e)s diront que tant mieux, qu'il y a mieux à faire, ce à quoi je répondrais que c'est quand-même moi qui décide.. Enfin, normalement.
En décembre la reine mère est admise aux urgences et quelques semaines plus tard le diagnostic est tombé. Depuis je n'ai plus de vie. Je bosse et je m'occupe d'elle.
Je n'aime pas qu'on me lèche le cul en disant que je suis tellement courageuse, ça m'ulcère à un point telle que ça me donne envie de tout casser, peut être même la tronche des gens qui me le disent, en passant. Je suis pas courageuse: j'ai pas le choix.
Je l'ai vue avec des tuyaux sortant d'un peu partout, dérailler sous Tramadol (mais j'ai ri! Pour une fois que c'était pas moi), j'ai vu des joyeusetés médicales que j'ai même pas envie de décrire, je me suis pointée à une heure indue à la clinique pour arpenter des couloirs au bout desquelles un médecin m'a annoncé que c'était un cancer et qu'à partir d'aujourd'hui il faut que vous soyez là. J'étais en consultation je ne sais plus avec qui quand j'ai reçu les appels sur mes deux téléphones, je ne me souviens plus comment je suis arrivée à la clinique, ni comment j'en suis repartie d'ailleurs. Mais en voiture à priori car le kleenex qui m'a accompagné lors du périple est encore dans le cendrier dont je ne me sers pas.
J'ai vu les dégâts d'une chimio quasi inefficace (évidemment) dont les effets secondaires sont eux parfaitement effectifs. Improbables et drôles de temps en temps. J'ai vu ma mère branchée à une pompe à chimio aussi et si ça n'a l'air de rien dit comme ça c'est que vous ne l'avez pas encore vu, et qui que vous soyez, je ne vous le souhaite pas non plus. Je fais les courses trois fois par semaine, je fais le ménage à trois endroits différents (avec la femme de ménage quand-même), je lui remonte le moral comme je peux quand elle est au creux de la vague et on n'est pas au bout, mais je vais continuer à faire tout ça de bon cœur même si j'aurais préféré qu'elle ne tombe pas malade tout court.
J'ai pas pris conscience que la vie pouvait s'arrêter trop vite, ça je l'ai déjà fait quand mon géniteur est décédé. J'ai pas non plus pris conscience que notre petite vie tranquille pleine de certitudes pouvait partir en couille en une seconde dans le bureau d'un chirurgien, ça je l'ai compris l'été dernier d'une autre manière. Par contre ça m'a conforté dans ce que je savais déjà et ça m'a fait pas mal évoluer, et ce matin là, j'ai percuté que c'était déjà en marche.
Tout est en place, je n'ai absolument aucune certitude sur rien ni sur la suite et je n'en veux pas non plus, mais j'ai hâte.

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