Je ne suis pas une entreprise de service

L'autre jour j'ai reçu un appel d'une personne prospectant pour le compte d'une société de prise de rendez-vous en ligne destinée aux professionnels de la santé. Pas de bol pour deux raisons, la première est que j'aime bien savoir qui va venir me voir et surtout que je dois savoir pour quoi, la seconde, quelques jours avant j'avais eu une longue discussion avec un toubib pas du tout content de ce service qui bien que proposant aux gens de prendre rendez-vous en ligne, leur donne aussi l'occasion de te poser des dizaines de lapinoux. Immense joie. Ça m'est déjà arrivé, des gens qui appellent, te racontent ce qui ne va pas, et prennent rendez-vous pour ne jamais venir, et si toi lecteur/lectrice tu viens de te reconnaitre dans cette phrase, sache que je te fais langoureusement caca dans la bouche.

En fait, tu as cinq types de personnes qui t'appellent.
1. Le patient qui appelle et qui vient à son rendez-vous: la base et heureusement la majorité.
2. Le pressé qui veut venir aujourd'hui, qui ne veut pas attendre, qui se fiche un peu bien de qui il appelle tant que ça commence par psy- et qui te raccroche à la gueule parce qu'il est 17h45 et que non, tu ne le prendras pas à 19h30.
3. Celui qui appelle pour te raconter sa vie, qui te tient le crachoir avec sa problématique pendant une heure et qui te remercie de l'avoir écouté avant de s'évanouir pour toujours dans la nature.
4. Celui qui prend rendez-vous et qui ne vient jamais et qui bien évidemment n’appellera pas plus pour prévenir qu'il ne décrochera quand tu voudras savoir ce qui se passe.
5. Celui qui t'appelle, qui prend rendez-vous et qui t'engueule comme du poisson pourri parce que tu n'es pas remboursé par la sécurité sociale.

Déjà on va mettre les choses au clair, c'est pas parce que les professionnels de la santé sont là pour vous aider qu'ils sont à votre disposition. On est humain, on a des horaires de travail comme tout le monde et c'est pas parce qu'on n'a pas de patron qu'on n'a pas envie de bosser et/ou qu'on termine à 19h: c'est justement parce que nous sommes des personnes comme toutes les autres qui avons une vie, que comme tout le monde nous n'en avons qu'une et qu'on a le droit de la vivre. On peut parfois être déjà au boulot quand vous vous levez à peine, et être encore au boulot quand vous mangez tranquillement en terrasse le midi, et être encore au taf le soir à 20h car il y a une vraie urgence à gérer, peut-être même en train de bosser le dimanche alors qu'on a tiré une semaine de taf du lundi au samedi. Ca n'arrive pas qu'aux indépendants, je sais, mais ça nous arrive aussi. Tu crois qu'on se la coule douce quand on a sa boite? Si tu en étais si convaincu(e), tu en aurais déjà une et comme nous tu aurais déchanté une fois immatriculé(e).
En ce qui concerne les personnes qui appellent pour s'épancher en vous remerciant d'avoir perdu passé du temps avec eux, soit ceux qui veulent que tu bosses gratoche parce que ou ce sont des radasses au dernier degré ou ils pensent que Charité est ton second prénom, je me suis faite avoir deux fois, aux dernières tentatives j'ai clôturé rapidement la conversation car je suis pas le fil de l'amitié et ça a été super mal pris (je l'ai pas dit comme ça, je précise). Excusez-moi, je suis au travail, écouter et résoudre les problématiques de ceux et celles qui viennent me voir est mon métier, est-ce tellement demander de vouloir qu'on me paye pour ça? Je ne pense pas, alors si ça vous vexe et/ou si vous ne voulez pas comprendre qu'il faille que je bouffe, vous m'excuserez encore mais en toute sympathie, vous pouvez aller vous faire foutre.
Pareil pour ceux qui pestent parce que je ne suis pas remboursée, est-ce que vous pensez sérieusement que je suis responsable de ça? Allez voir ailleurs ou allez vous plaindre à la sécu. En France et je pense que je l'ai déjà dit ici, la santé est un dû, la santé est gratuite. C'est ici qu'on redescend sur terre et qu'il est l'heure de piger que rien n'est gratuit et surtout pas les dépenses de santé. Si vous, vous ne payez pas certains soins, sachez que des connards comme moi (et bien d'autres et qui parfois sont sacrément moins bien couverts que vous) travaillent et "cotisent" pour payer vos soins. Alors ne venez surtout pas me faire chier avec la "gratuité" s'il vous plait, vous me coutez assez cher, du bénévolat, j'en fais déjà ailleurs.
Pour ceux/celles qui sortent de nulle part avec une urgence qui ne peut bien-sûr pas attendre 24h, j'ai la même pendule que vous, je ne vais pas décaler des rendez-vous avec des gens qui ont autant besoin de venir que vous si ce n'est peut-être plus. Si à la base vous appelez tous les psy-chiatres/cologues/cothérapeutes/canalystes du bottin c'est que vous n'êtes pas si difficiles que ça alors vous n'avez qu'à aller aux urgences pour votre "problème-qui-ne-peut-pas-attendre", on vous fera une petite piqure de Valium, ça vous calmera.
En ce qui concerne les gens qui ne viennent pas, et je mets également dans le même panier les patients qui te promènent chaque fois qu'ils ont rendez-vous et qu'ils n'ont plus envie de venir (plus ou moins consciemment), vous n'imaginez pas à quel point ça peut pénaliser le praticien, mais aussi les autres patients. Je sais bien qu'exprimer, dire des choses simples est ultra-compliqué pour le commun des mortels, mais au final, une attitude franche sera toujours mieux prise qu'un faufilage inutile ou interminable. Vous n'avez pas/plus envie de venir? Vous savez où il est votre putain de smartphone pour liker des conneries sur Facebook? Bon ben vous prenez ce putain de smartphone et vous appelez pour dire que vous ne viendrez pas. Promis, ça ne vous bouchera pas le trou du cul. Pour ceux qui n'ont plus envie de venir, ne me sortez pas des excuses à la con, parce que si vous pensez être super originaux en disant que vous avez un entretien d'embauche, sachez que c'est à peu près l'excuse que tous les chômeurs sortent quand ils ont la flemme de sortir de leur canapé pour venir s'allonger dans le mien. Qui plus est et très bizarrement, quand j'étais en didactique et en pseudo chômage, j'ai eu trois ou quatre entretiens d'embauche et aucun n'est tombé le jour de mes séances, j'ai pas le cul bordé de nouilles, c'est juste que quand on veut on peut et qu'il y a toujours un moyen de se démerder. Idem quand on prévient la vieille du RDV qu'en fait on part en congés, oui genre tu pars le jeudi en congés et tu le sais que depuis la veille à 22h13, normal. Si le but est de se faire bannir du château c'est parfait, parce qu'effectivement je ne vais pas pousser, c'est vous qui n'allez pas bien, c'est votre travail, c'est vous qui voulez aller mieux, je suis pas votre mère, c'est donc à vous de gérer vos priorités et si effectivement aller mieux est moins important que de raconter de la merde, il vaut mieux arrêter là. Donc tu veux pas venir tu viens pas mais tu ne me promènes pas, parce que pendant que tes névroses font des manières, y a des gens qui veulent venir et qui attendent, ou des vraies urgences qui auraient pu être gérées plus rapidement s'il n'y avait pas eu ce ou ces RDV-moquettes. Parfois à cause de ces conneries je suis encore au boulot à 20h et loin d'être sortie, je travaille pour vivre, je ne vis pas pour travailler, merci. C'est une perte d'argent qui pèse lourd dans la balance en fin de mois (et je suis loin d'être riche), une source d'emmerdements, et une perte de temps pour tout le monde. Penser à sa gueule, c'est bien, mais ce n'est pas penser qu'à sa gueule non plus.
Le point positif, c'est que ça fait une sorte de sélection naturelle car au final, je n'ai pas envie de travailler avec des gens comme ça ou bien ça me coupe tout simplement l'envie. Du reste même si je ne vois pas trop l'intérêt de ce post, si ça a pu faire comprendre à certain(e)s que de faire n'importe quoi avait des conséquences, ce sera au moins ça.

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