J’ai vu 50 nuances de Grey et j’ai bien dormi

Deux soir après la pleine lune, alors qu'une tempête faisait rage dehors, je me suis jetée à l'eau, et j'ai enfin regardé cette horreur pour enfin pouvoir me donner les moyens de la critiquer en toutes connaissances de cause en société. Ca, plus le fait que je n'avais plus rien d'autre à regarder et que j'étais clouée dans le canapé depuis la fin de l'après-midi pour cause de coup de chaud, par conséquent, toutes les conditions étaient réunies pour m'y mettre.
Si j'ai beaucoup rigolé jusqu'ici en lisant les critiques qui ont été faites sur ce film, j'avoue que je n'ai pas retrouvé matière à la rigolette en le visionnant et que je m'attendais à bien pire (ou bien mieux). On est vraiment dans la romance bas de gamme à la Harlequin avec des rôles d'un cliché magistral et tout est d'un prévisible des plus ennuyeux. Au bout de 15 minutes, sans qu'on m'ait raconté quoique ce soit, je savais déjà comment ça allait se terminer et ça ne me posait pas un très gros problème jusqu'à ce que je me rende compte que le film durait deux heures.

Nous avons donc Anastasia, la banlieusarde vierge dont le comportement m'a clairement gêné pour elle jusqu'à ce qu'elle se prenne enfin un coup de kékette (mais après aussi donc bon...). Même la pelle qu'elle se ramasse en arrivant dans le bureau de Grey était un échec, ce qui donnait le ton pour la suite. Mon mug dans les mains, j'étais très déçue, j'attendais énormément de cette gamelle. Ayant perdu tout espoir de divertissement, je suis allée fumer et regarder les éclairs dehors, en revenant dans le canapé, j'ai ouvert un paquet de Délichoc pour m'aider à traverser cette épreuve. Je n'ai rien à dire de particulier sur cette meuf, si ce n'est qu'elle est mal coiffée, moche et terriblement banale. Je comprends pourquoi tellement de filles se soient identifiées à elle si je considère que les trois quarts des gens ont un ego déplacé en plus d'être d'une taille environ équivalente à celle d'une pâquerette.
Quant à Christian, on m'a très souvent demandé si je croyais que ce dernier était psychopathe, comme ça a été avancé un peu partout, et bien rassurez vous mesdemoiselles: non, il n'est pas psychopathe, il a juste une femme de ménage très efficace et un attachement tout particulier à son anus (ainsi qu'à sa toute petite bite) qui dirige littéralement sa vie. Je n'ai jamais vu un cas comme ça, jamais vu une personne qui assumait à ce point son amour pour son trou de balle, sa paranoïa en est presque fascinante. A côté de ça, je comprends pourquoi on peut apprécier ce personnage, car sous certains aspects effectivement il est parfait, mais ça aurait été encore mieux si en tant que dominant il avait été crédible.
Le mystère reste entier sur son histoire jusqu'à ce qu'il se mette à parler à Anastasia alors qu'elle dort, parce que c'est un tordu sur toute la ligne et que pour mettre un peu de piment dans sa vie mais pas trop, il aime bien parler de choses existentielles à des personnes qui ne sont pas en mesure de lui répondre, ça lui évite d'entendre des trucs désagréables. Le procédé étant tout bénef', ça lui permet de liquider deux trois bricoles verbalement sans quitter son illusion de toute puissante qu'il entretient savamment, on est ici clairement dans le patho. Christian a donc eu une petite enfance vraiment pas cool, expliquant ses penchants sadiques, justifiant son énorme tendance anale ainsi que sa vision biaisée des relations amoureuses. Notons tout de même que ce n'est pas une généralité, que dans la réalité chaque dominant(e)s et dominé(e)s a une histoire qui lui est propre et que nous sommes encore dans le cliché bien digéré afin que personne n'ait rien à comprendre. Au final Grey vivote dans une ambivalence douloureuse pour le spectateur pendant deux heures, s'accrochant à son contrôle comme un marin cramponnerait le gouvernail d'un rafiot en train de couler et les scènes de domination sont complètement nulles à chier. Encore une fois c'est bien normal pour un premier opus, le cas échéant on aurait perdu toutes les fans au premier lavement anal infligé par le dominant. Ces scènes n'ont aucun espèce d'intérêt car il manque le pan le plus important dans les relations SM soit l'aspect psychologique. Alors oui, comme les scènes s'inscrivent sans mal dans un cliché qui les rend esthétiquement très belles, l'ensemble est beau, mais pas SM. On est dans le jeu sexuel lambda où quelqu'un fouéfouette le cucul à quelqu'une avec son kit SM SexyAvenue, pour mieux l'attraper en levrette (j'ai failli m'endormir rien qu'en écrivant cette phrase) et même la scène de la punition est d'un chiant à la limite de l'insulte. A cet instant j'ai compris pourquoi Grey avait une salle magnifique pour faire mumuse, c'était le minimum à posséder pour qu'il puisse jouir d'une micro crédibilité, qui s'écroule comme le reste. Je suis repartie fumer à cet instant et j'en ai profité pour sortir le chien alors qu'un ouragan sévissait dehors. Je me suis retrouvée avec des épines de pins coincées dans le soutif, ça n'a l'air de rien mais c'est très désagréable.
Là où ce film se rapproche le plus d'une certaine réalité, c'est que Christian n'a pas du tout la gueule de l'emploi, mais ça, c'est le détail dont tout le monde se branle et qui ne rattrape pas le reste.
On est bien dans le SM lissé et propret, donc pas dans le SM du tout. Je ne comprends pas comment on peut aimer, je ne comprends pas non plus les innombrables polémiques féministes qui ont découlé de ce film non plus. En allant me coucher, la seule impression qui me soit restée est celle d'avoir perdu deux heures de ma vie. Au moins je ne regrette pas de ne pas l'avoir lu car effectivement, ça ne vaut pas le coup du tout. Même pas assez nul pour en devenir drôle, 50 nuances de Grey est un échec du début à la fin.

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