Is there any hope here?

Dans la lignée du personne ne sait rien, vous avez le tout le monde vous cache tout, et mal.
En quinze jours, j'ai appris à décoder les discours des spécialistes et autres chirurgiens et si les psy pinaillent volontiers pour trouver le sacro saint "juste-mot", eux prennent un soin tout particulier à choisir les bons arbres pour cacher les forets, et les mots qu'ils emploient sont toujours à prendre dans leur sens strict, ce qui en soi, est carrément super chiant. J'ai appris que leur meilleur allié était l'affect, celui qui nous empêche de poser les bonnes questions, afin qu'ils puissent en dire le moins possible. Pour autant, étant toujours humaine je n'ai pas trouvé de technique efficace pour devenir insensible et ça me pose un vrai problème.
Ça faisait plusieurs jours que j'avais compris ou que je faisais plus que me douter qu'il y avait une grosse merde sous des cailloux devenus ridiculement inutiles. Ce qui a fini de me convaincre fut la réaction de la médecin pendant mon échographie (dont les résultats sont bons) alors que je lui racontais ce qui se passait. La pauvre a bien tenté de se raccrocher à tout ce qu'elle pouvait, ça ne servait plus à rien.
J'ai appris la nouvelle le soir même en sortant d'une consult après avoir constaté que mes portables avaient été pris d'assaut par le chirurgien, je sais que j'ai annulé la consultation suivante et que je suis partie à l’hôpital prendre le reste dans la gueule, j'ai suivi une ligne verte dans les couloirs pour trouver le bureau du chirurgien, mais globalement c'est le flou total. Je tremblais, beaucoup.
Après le traumatisme émotionnel, voilà le choc émotionnel, ce qui m'a valu un aller express chez le médecin pour rentrer avec 15 jours de tranquillisants. Pas que je sois super fragile mais depuis l'ECG de juin il semblerait que je sois d'un tempérament bien trop nerveuse (je fus la première étonnée de cette révélation évidemment) et qu'il ne faut pas que je dépasse une certaine limite de stress (#AHBON?). Dans mon petit malheur, je ne suis au moins pas angoissée et c'est déjà pas mal.
J'ai déjà été dévastée, mais pas à ce stade là. Par contre je ne suis jamais sortie d'un seau aussi profond aussi vite non plus.
J'ai appris que si "tumeur" ou "cancer" étaient des vilains mots il y en avait un encore pire et il se nomme métastase(s). Parce qu'une fois qu'on a trouvé le fameux, faut s'assurer qu'il n'a pas disséminé des rejetons. Un cancer c'est déjà la merde, mais plusieurs, c'est foutu.
Une journée de plus à attendre des résultats, à refaire le même parcours que celui qu'on avait fait quand on est arrivé aux urgences sauf que cette fois on sait, et qu'on attend juste de savoir pourquoi on va devoir se battre: pour vivre, ou mourir dans les meilleures conditions possibles.
En tant que proche on est très bien encadré, écouté, questionné parce qu'une bonne partie du job repose sur nous étant donné que comme je le disais, nous aussi, on va devoir se battre. J'ai déjà commencé à voir l'importance de mon rôle, je pense avoir compris en quoi il consistait, mais je ne sais foutrement pas si je vais y arriver, mais j'ai pas le choix non plus.
Quand le diagnostique tombe tout va extrêmement vite, le RCP a été fait dans la foulée, le protocole de soin aussi, et si tout change un peu tous les jours il semblerait qu'il y ait, enfin, une direction... Une chose est sûre c'est que le secrétariat de l'oncologue est une totale crise d'épilepsie fushia et vert pétard (pour le coup tu pourras dire à ton père que orange et vert c'est pas si grave #PrivateJoke).
Sur une note positive, c'est l'épreuve par excellence qui te fait relativiser tout le reste et si la situation est clairement infernale, tous les petits problèmes qui font râler tout le monde et qui me faisaient moi aussi pester, me passent littéralement par dessus. Je me foutais de beaucoup de choses, mais là c'est vraiment pire et en un sens, c'est très reposant.
Bonne nuit le monde.

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