Confinement – Jour 19 de débauche existentielle

Quand le confinement a été mis en place, je n'étais pas concernée et j'ai donc pu continuer à bosser presque normalement (je dis presque car je passais autant de temps à tout désinfecter qu'à consulter). Mais quand aller chez son psy n'a plus été un motif valable de sortie, il a bien fallu que je me résigne à rester chez moi et à commencer à consulter à distance.

Première semaine de confinement

Alors que tout le monde se jetait sur les rouleaux de papier toilette, je jouissais d'une vie désertée de tout élément indésirable. En gros on était trois dehors et c'était merveilleux.

Le seul truc chiant mais néanmoins nécessaire est que je travaillais dans un cabinet... Complètement réorganisé et pas vraiment accueillant.
Trois patient.e.s maximum par jour avec l'interdiction de toucher quoique ce soit dans les parties communes de la résidence. Lavage des mains à l'arrivée et à la sortie. Retrait de tous les éléments inutiles au fonctionnement du cabinet dans son enceinte = plus aucun élément de déco, pour faciliter la désinfection du lieu entre chaque personne. Mise en place d'une distance de deux mètres entre moi et les patient.e.s, respect strict des gestes barrières et bien sur, interdiction de venir en cas de symptômes, grossesse ou facteur(s) de comorbidité.
Le COVID19 en lui-même ne me speedait pas, principalement car je pense avoir été infectée fin février. Rien de vérifié, si ce n'est les symptômes, leur durée et une patiente testée positive qui a été malade quasi en même temps que moi. A ce sujet je tiens à clarifier un point après avoir été malmenée par quelques personnes bien-pensantes: cette personne est la seule de ma patientelle active a avoir été malade, le fait que j'ai continué à travailler n'a donc pas participé à la propagation du virus. Merci et allez vous occuper de vos fesses :).
Bref, si les faits ne m'angoissaient pas plus que ça, le contexte, lui, était anxiogène.

Seconde semaine

Beaucoup de patient.e.s m'ont collé une vieille pression quand je les ai informés de la fermeture physique du cabinet. Sauf qu'à un moment il faut trancher et surtout: arrêter de forcer la bite.
D'une part les patient.e.s risquaient une amende s'ils/elles venaient (même si étonnamment beaucoup étaient prêt.e.s à dire qu'ils/elles allaient acheter le pain lol), ensuite, persister à travailler de cette façon allait clairement à l'encontre des raisons pour lesquelles ce confinement était mis en place.
En restant physiquement ouvert le cabinet je mettais potentiellement la santé de pas mal de monde en danger. Celle des patient.e.s, celle des habitant.e.s de la résidence (même s'il n'y avait que moi qui touchais les portes et les interrupteurs des parties communes), et peut-être la mienne. Donc consultations à distance pour tout le monde. Ou presque car il y en a beaucoup qui n'adhèrent pas et je comprends.
La chute de 75% du CA, c'est maintenant!
J'aime pas non plus consulter à distance même si c'est un procédé efficace et que je le fais régulièrement, mais à distance... De chez moi, erf...
Du coup ça m'a demandé un effort personnel considérable pour tout mettre en place, sans parler des nouvelles contraintes auxquelles il fallait faire face, notamment les consultations avec les patient.e.s qui doivent bosser ET gérer leurs enfants. Depuis deux semaines, clairement, le sujet prédominant est la gestion des gosses. Sachez que tout est mis en œuvre pour éviter les infanticides ici-bas, et pour les parents qui pensent avoir engendré des petits êtres malfaisants et sournois et bien: coucou la réalité! Non vos chérubins n'ont pas changé, vous n'aviez juste pas encore eu l'occasion de vous rendre compte de leur état naturel. Mais on reste calme, ça va bien se passer alors faites un effort et sortez-les du four s'il vous plait.
Mon activité étant considérablement réduite et n'acceptant pas des masses de devoir rester cloitrée chez moi, j'ai repris des brides de plusieurs to do list mentales pour voir ce qui était à ma portée pour tuer le temps.
Je me suis donc mise à la sculpture plus activement, mais si la fabrication de certaines pièces peuvent prendre jusqu'à 6h, j'en ai vite fait le tour. D'ailleurs si vous avez des idées de trucs à faire, je suis preneuse.

J'ai réorganisé mes tiroirs, mes placards, toujours sans retrouver ma boite à outils (ça me mine particulièrement), j'ai régulièrement fait du feu dans le jardin, nettoyé le radiateur de ma moto au coton tige (j'étais très au fond du seau ce jour là), combattu des vieux démons, repris un peu la clope sans conviction, une par jour quoi.

Je me suis remise à la photo, mais j'ai vite fait le tour du jardin et les fleurs de cerisier franchement c'est chiant.

J'ai refait des shoots aussi, même si j'en ai déjà 50 à trier et que trouver la motivation pour le faire est compliqué.

Troisième semaine

Soit ma deuxième semaine de vrai confinement. Je crois que c'est par là que j'ai commencé à trouver la situation très rude.
D'une part je suis passée Jedi de l'attestation dérogatoire de sortie sans raison valable: je sors tous les jours, plusieurs fois par jour, mais sans jamais croiser personne, ni flic ni gens. J'ai besoin d'air, c'est égoïste mais pas inconscient non plus. Sans surprise, je fais partie de ces personnes qui se sont trouvées une passion soudaine pour le jogging.
Quand j'ai une raison valable d'être dehors, j'entame de grandes discussions philosophiques avec les caissières, la pharmacienne, ou les vétérinaires. En fait je suis clairement en manque de vraies interactions sociales mais si j'ai trouvé ce comportement très étrange me concernant, il m'a bien fallu deux jours pour réaliser que ma vie, je la passe à interagir avec plein de gens. Et là... J'ai plus ça et je n'ai jamais été aussi contente de parler à n'importe qui mais surtout à tout le monde. Vous n'avez pas idée de la vivacité de l'intérêt que suscite chez moi n'importe quelle personne que je vais croiser! Heureusement ça c'est comme le jogging, ça prendra fin avec la disparition du COVID19 :3.
D'autre part... J'ai fait face à la résurgence de mes vieilles habitudes, de geek, mais puissance 1000.
Alors j'ai beaucoup joué... Peu de sommeil, beaucoup de jeu, beaucoup de soda, beaucoup de malbouffe: hygiène de vie zéro pointé. Pour autant ça ne me fait pas bander de vous regarder faire votre workout de balcon même si je devrais probablement m'y [re]mettre.

Quatrième semaine

La geekerie continue de sévir dans l’allégresse la plus totale d'un confinement aléatoire. Je ne sais plus quel jour on est, les journées passent à une vitesse fulgurante dans des univers parallèles divers entrecoupées de consultations. Je vis à moitié le jour à moitié la nuit, tout est normal.
J'enchaine les migraines qui ont décidé de revenir en force. Celles dues aux cervicales à cause de mon accident de moto, car je ne peux plus aller chez le kiné, et les autres que j'impute au stress généré par la situation globale. Ces salopes ne m'ont pas laissé trop de répit, voire aucun et jouer avec la migraine c'est chiant! Il faut savoir faire une pause avant que les nausées ne deviennent trop fortes, sinon tu termines la tête dans les chiottes. Et vomir avec une migraine est de loin la pire chose à expériencer dans cette vie, juste derrière la pose d'un stérilet.
Papa État a biberonné ma société de 1500€ même si j'ai perdu plus du double, je lui suis profondément reconnaissante (pour de vrai). Ça paye mes charges mensuelles, et pour le reste heureusement j'ai quelques économies pour me payer moi mais va pas falloir que cette situation désagréable s'éternise non plus.

Fin de quatrième semaine de confinement

Ce papier toilette est absolument horrible! J'ai l'impression de me torcher le cul avec du papier de verre.

C'est dit.
Hier matin, enfin, quand je me suis levée, j'ai vu ma tronche dans le miroir et quand-même... C'était vraiment pire que d'habitude.
J'ai fait mon tour de moto bi-hebdomadaire pour aller chercher mon courrier. Je me suis trainée la bite, juste parce que je roule tellement peu que j'en profite le plus possible. De toute façon j'ai les pneus sous-gonflés. Hier soir je suis passée devant un miroir après avoir commandé et boulotté une pizza (dégueulasse d'ailleurs) et j'ai vu l'état de mes cuisses... La dernière fois que je les ai vues dans cet état je rentrais d'Allemagne, et ceux qui savent, savent.
Ce midi quand je suis sortie du lit, je me suis dit que c'était vraiment plus possible. Le confinement c'était sympa, mais je me reprends en main sérieusement à partir d'aujourd'hui.
La suite au prochain épisode quand j'aurai retrouvée forme humaine. En attendant, prenez soin de vous!