A la gloire du fion

Si ces derniers mois m'ont appris un truc, c'est bien qu'il y a un gros problème si vous sautez de joie à l'idée qu'une personne annule son rendez-vous.
Quand j'ai fermé le cabinet avant de partir en "vacances" j'étais nerveusement exténuée donc très contente de faire un break, plus qu'impatiente à l'idée de reprendre mon appareil et outre pressée de ne plus m'occuper de rien si ce n'est des choses de base. Je n'ai jamais fait ma valise aussi vite, pourtant dieu sait que ça me gonfle de faire mes bagages (comme de les défaire d'ailleurs, mais pour d'autres raisons) et le trajet m'est apparu comme une éternité, même si on a paumé une roue de vélo et qu'on a grassement ri, surtout quand on s'est aperçu qu'on l'avait pas vraiment perdue en fait, mais c'est une longue histoire.
J’appréhendais pas de reprendre, mais j'étais pas super jouasse à l'idée de recroiser un patient en particulier, du coup si pendant mon séjour je recevais un message de sa part me disant qu'il ne reviendrait jamais, je vous cache pas que ça aurait suffit à ce que je prenne une cuite de plus pour fêter ça dans la foulée.
J'ai eu des tas de gens en consult', même des pervers narcissiques qui ne me dérangeaient pas plus que ça, mais lui, j'ai commencé à le prendre en grippe dès la seconde séance, chose qui ne m'était jamais arrivée avec qui que ce soit dans ce contexte.
Rester neutre et bienveillante ne m'a pas posé de problème, et une fois que j'ai mis le doigt sur ce qui me dérangeait j'ai réussi à mieux gérer mon ressenti. Malgré tout, c'était toujours compliqué de savoir que je le voyais le lendemain et par la suite, j'appréhendais juste de le voir la semaine suivante en me demandant quel(s) stratagème(s) il allait mettre en place pour éviter la séance. Ça n'a l'air de rien dit comme ça, et à la limite, on peut même s'en foutre, mais quand une personne vous envoie 10 textos (et vous appelle une fois toutes les heures) parce qu'elle s'est inventée une nouvelle maladie ou une nouvelle problématique entre chaque message, ou encore parce qu'elle a fantasmé une situation rocambolesque, tout ça dans le simple but de contrôler ce qui sera abordé durant la séance suivante (faudrait pas qu'on touche un sujet qui fâche!), c'est d'un emmerdant absolu.
N'ayant eu et n'ayant actuellement aucun patient qui fonctionne sur ce registre, forcément la première fois tu te fais absorber temporairement par son délire, mais une fois que t'as pigé et que tu as pris ce qu'il y avait à prendre, ça ne fonctionne plus. N'ayant pas réussi à driver les séances comme escompté, il arrivera avec 15 ou 20 minutes d'avance à tous nos rendez-vous, car même insuffisante, une infime partie de contrôle est toujours bonne à prendre en attendant d'élaborer d'autres subterfuges pour en gagner un peu plus.
Il tente alors la prise de contrôle du planning, du coup il ne pourra pas venir à 10h, finalement il préfère jeudi. Oh et puis non, une heure plus tard il revient te faire chier car ça lui convient bien 10h, finalement. Petit manège étalé sur une semaine en sachant qu'il peut changer d'avis pour n'importe quoi, et n'importe quand, même en pleine nuit (SI SI). Première semaine je laisse faire et j'observe, deuxième semaine c'est terminé, je reprends le contrôle de MON planning. Ce tricotage devient vraiment chronophage, j'ai pas que ça à foutre, alors c'est 10h et pas autre chose, si on fixe des rendez-vous c'est pour y venir (ou pas, ça arrive), pas pour s'amuser à en faire ce qu'on veut. Mais les gens vraiment dans le contrôle ne lâchent pas si facilement l'affaire et s'ils sont en plus sociopathes sur les bords (et pour le coup, pas que sur les bords), ce sera de pire en pire.
Nouvelle tentative de pinaillage sur le jour de rendez-vous, sans succès, alors il essaye de modifier l'heure, sans succès non plus, de toutes manières, une personne a déjà rendez-vous sur ce créneau. Échec de la prise contrôle, il se résout pour 10h. Alors il arrive à 9h15, et sonne alors que tu es en consultation et il sonnera régulièrement jusqu'à la fin de cette dernière d'ailleurs. Ne travaillant pas dans un château et par souci de confidentialité, je n'ouvre pas la porte quand une consultation est en cours, mon planning est aménagé pour que personne ne se croise et pour que personne n'attende dehors non plus. Tout le monde est au parfum, tout le monde respecte cette partie du cadre et il n'y a jamais eu de problème.
Qu'il m'emmerde au téléphone pour des conneries, je le gère très bien depuis que j'ai désactivé sa sonnerie, mais que ça déborde sur d'autres personnes montre simplement à quel point il ne considère pas Autrui. C'est pas la révélation du jour, juste la confirmation d'une partie de mon diag, mais je pensais pas forcément qu'il prendrait ses aises si vite. En sortant de consultation et en entendant un nouveau coup de sonnette j'ai presque perdu mon calme et ça s'est tellement vu sur ma gueule que ma patiente m'a même conseillé de me calmer. J'ai eu de la chance que ça tombe sur elle même si je n'en suis pas enchantée dans l'absolu, parce que si ça s'était passé avec d'autres j'aurais peut-être pu les perdre.
J'aurais pu être vraiment conne et attendre 10h, sauf que ça m'aurait encore plus excédée de l'entendre encore sonner donc je l'ai pris en suivant pour en finir au plus vite, lui, et un de ses nombreux cadeaux qu'il m'offre chaque fois qu'il attend que je coopère sur quelque chose alors que ça n'arrive jamais (des fois que sur un malentendu...).
Je ne vais pas m'étendre plus que ça, il manque évidemment trois tonnes de détails mais le plan est posé. C'est le diagnostic le plus moche que j'ai jamais fait: y a rien à sauver. Pas de quoi le faire enfermer, juste un parasite ceinture marron (pas noire, il est trop con pour être au niveau), une personne de plus qui pourrira la vie des autres comme elle sait déjà si bien le faire sans aucun remord. Et de mon côté, va falloir que je vire cette plaie viteuf, c'est juste plus possible.
La difficulté pour lâcher-prise c'est le truc que tu retrouves avec 99% des personnes et à des degrés différents, je n'ai aucun problème avec ça j'arrive toujours à les faire disparaitre (au taf), c'est juste qu'au-delà d'un certain level ça m’insupporte. Un peu comme dans ma vie mais heureusement à un niveau plus élevé puisqu'en temps normal la moindre tentative de prise de contrôle va me gonfler super vite. Quoiqu'il en soit, je sais pas vous mais moi je pense qu'il y a beaucoup trop de gens en amour avec leur anus... Et je ne leur dirais pas de péter un coup. Surtout pas.

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